Vos frais généraux dictent votre pratique : concevoir la médecine familiale selon vos propres règles

8 septembre, 2026

Le balado Réinventer les soins de santé avec Dre Wendy Thomas

La médecine familiale en Ontario est sous pression de toutes parts. Un tout nouveau modèle de rémunération que les médecins tentent encore de décoder. Des frais généraux qui grimpent plus vite que les honoraires. Des étudiants en médecine qui, discrètement, choisissent d’autres spécialités. La plupart des médecins réagissent en travaillant plus fort dans un système conçu par quelqu’un d’autre. Dre Wendy Thomas a décidé de concevoir le sien.

Dans cet épisode du balado Réinventer les soins de santé, Dre Wendy Thomas, médecin de famille, responsable médicale d’une FHO de 13 médecins à Peterborough et cofondatrice du Be Well Centre, partage ce que 18 années de pratique lui ont appris sur la façon de bâtir une clinique autour d’une question faussement simple : à quoi ressemble réellement votre journée idéale? Cet épisode s’inscrit dans la continuité de nos autres entretiens Réinventer les soins de santé sur l’avenir des soins primaires, dont celui sur le réseau de cliniques bâti par la Dre Julie Wilson.

Sa réponse comprend un chiffre que la plupart des médecins n’ont jamais calculé pour eux-mêmes : 26. C’est le nombre de patients par jour où sa cadence, sa satisfaction et l’expérience de ses patients s’alignent, et l’ancrage de chaque décision qui suit sur le personnel, la technologie et les dépenses.

Ce qui suit est une conversation sur la conception de la pratique, l’économie cachée de « seulement deux patients de plus par jour », et pourquoi la plus grande menace pour la médecine familiale n’est peut-être pas la charge de travail, mais l’érosion lente du sentiment d’être valorisé.

Ce qui a été discuté

  • Ce qui a mené Dre Wendy Thomas vers la médecine familiale
  • Choisir la médecine familiale
  • Des soins cliniques au leadership : comment l’équilibre évolue
  • Conseil à sa jeune version d’elle-même : rester authentique
  • Valeurs fondamentales : authenticité et efficacité
  • La fondation du Be Well Centre
  • Concevoir une pratique autour de sa journée idéale
  • Le juste équilibre de 26 patients
  • Le vrai coût de deux patients de plus
  • Le FHO+ et le nouveau modèle de rémunération
  • Pourquoi moins d’étudiants choisissent la médecine familiale
  • Les deux pressions structurelles : l’accès aux soins primaires et les délais pour voir un spécialiste
  • L’épuisement professionnel comme désalignement de valeurs
  • Scribes IA, fardeau administratif et le problème des doublons
  • Ce qui l’empêche de dormir la nuit
  • Si elle était ministre de la Santé
  • L’espoir pour l’avenir et son message final

Points clés à retenir

La médecine familiale vous permet de concevoir votre propre journée

Demandez à Dre Thomas quel conseil elle donnerait à sa jeune version d’elle-même : il ne s’agit pas de connaissances cliniques. Il s’agit d’être attentif : quelles parties de la journée apportent une petite dose de joie, et lesquelles vous pèsent. Ce signal, soutient-elle, est l’outil de conception le plus sous-utilisé en médecine.

« La beauté de la clinique externe, c’est que vous pouvez la concevoir de la façon qui fonctionne le mieux pour vous. Et je pense que plus tôt dans votre carrière vous le réalisez et commencez à prendre certaines de ces décisions intentionnellement, plus vous allez aimer votre carrière et moins vous allez vous épuiser. »

(Traduction libre)

Le Be Well Centre : une communauté de pratiques indépendantes

Quand son bail est arrivé à échéance, Dre Thomas a trouvé un immeuble plus grand que nécessaire et a transformé l’espace excédentaire en Be Well Centre, où des professionnels de la santé indépendants et entrepreneurs exercent côte à côte, chacun avec sa propre pratique. Pas de patients partagés, pas de propriété partagée. Ce qui est partagé est intentionnel : des dîners d’équipe, une soirée peinture animée par une art-thérapeute de la maison, et quelqu’un à proximité pour vous remonter le moral dans une mauvaise journée.

« Si nous pouvons créer un environnement où tout le monde a une idée similaire des valeurs, une idée similaire de la façon de traiter les gens et une même ambition d’améliorer les choses, alors nous avons vraiment développé une communauté, et c’est mon objectif ici. »

(Traduction libre)

Le juste équilibre : 26 patients par jour

Après 18 ans de pratique, Dre Thomas a remarqué une chose qu’aucun outil d’efficacité n’a jamais changée : il existe un nombre idéal de patients dans sa journée. En dessous, la journée traîne. Au-dessus, la qualité de vie s’effrite. Pour elle, ce nombre est 26.

« Si je vois 20 personnes par jour, je suis en fait un peu agacée et je m’ennuie. Mais si j’en vois 26, le rythme est le bon. »

(Traduction libre)

Cette idée redéfinit la façon de gérer une clinique. L’objectif n’est pas de maximiser le volume : c’est de trouver votre nombre, puis de gérer les dépenses et les outils pour que ce nombre paie les factures.

« La ligne de revenus est dictée par le nombre de patients que le médecin voit, mais la ligne d’épuisement est elle aussi dictée par le nombre de patients que le médecin voit. »

(Traduction libre)

Le vrai coût de « seulement deux patients de plus par jour »

Chaque nouvelle technologie ou chaque nouvel employé doit être payé, et dans une clinique, cela signifie généralement voir plus de patients. Dre Thomas détaille ce que cet échange à l’apparence anodine coûte réellement : moins de temps par patient, une satisfaction plus faible des deux côtés du bureau, 20 minutes de paperasse de plus en soirée, et une chose rarement dite à voix haute : plus de responsabilité médicolégale.

« Les gens ne se plaignent pas seulement lorsqu’une véritable erreur est commise, ils se plaignent lorsqu’ils ne se sentent pas écoutés. »

(Traduction libre)

Contrôlez vos dépenses, sinon elles vous contrôleront

Dre Thomas fait sa propre tenue de livres. Non pas parce qu’elle aime la comptabilité, mais parce que les dépenses sont le levier qui protège son autonomie. Une clinique chargée d’infirmières, de bornes d’enregistrement et de technologies qu’elle ne peut pas se permettre a déjà décidé combien de patients ses médecins devront voir.

C’est le même calcul que nous abordions dans « Les 3 leviers de retour sur investissement pour les cliniques qui adoptent le Scribe IA » : chaque outil ajouté à une clinique doit justifier sa place face au nombre que le médecin a réellement choisi.

« Quand vous n’avez pas l’autonomie de gérer vos dépenses et votre conception, vos frais généraux dicteront votre façon de pratiquer. »

(Traduction libre)

Le FHO+ pourrait éloigner la médecine familiale des soins en équipe

Le nouveau modèle de rémunération FHO+ de l’Ontario transfère une partie de la rémunération forfaitaire par patient inscrit vers un taux horaire pour le temps passé en face à face avec les patients. Dre Thomas souligne le paradoxe : le système parle constamment de soins en équipe, mais le nouveau modèle retire l’enveloppe qui permettait aux médecins de payer des délégués comme les infirmières praticiennes.

« En pratique, on va probablement voir un recul de la délégation et un retour vers le médecin qui fait davantage le travail, davantage de travail direct auprès des patients, parce que c’est ainsi que le modèle financier est conçu. »

(Traduction libre)

Pour un exemple de soins primaires collaboratifs et en équipe lorsque le financement joue en leur faveur, voir notre épisode avec Dr Sienna Bourdon sur le modèle collaboratif de Shoreline Medical.

Sa mise en garde : au moment de l’enregistrement de cet épisode, aucun mois de revenus n’avait encore été versé sous le nouveau modèle. Il était donc encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, et son véritable impact ne pourra être évalué qu’avec davantage de recul.

L’épuisement professionnel n’est pas une question d’heures

Dre Thomas rejette l’idée que l’épuisement est simplement du surmenage. Selon elle, c’est un problème de valeurs : le travail imposé sans valeur visible draine la volonté d’une manière que des journées de 12 heures pleines de sens ne font jamais. Sa propre recalibration est venue du fait de viser quelque chose (la communauté, la défense des intérêts, être la personne à la table qui dit « ça ne fonctionnera pas pour les médecins »).

« L’épuisement professionnel, c’est un désalignement entre vos valeurs et le travail que vous faites, ou la façon dont vous le faites. »

(Traduction libre)

Et elle offre aux médecins une permission dont plusieurs ont besoin :

« Ce n’est pas réellement leur travail de résoudre les problèmes systémiques qui existent. Et en fait, la société ne se porte pas mieux si vous vous épuisez. »

(Traduction libre)

Les scribes IA font gagner du temps, et emportent quelque chose de subtil

Adepte de la première heure des scribes IA, Dre Thomas confirme la promesse : moins de temps de rédaction, des notes complètes et rigoureuses. Mais elle nomme une perte que presque personne ne surveille, et insiste pour que la profession y porte attention.

« Je ne peux plus rejouer la rencontre dans ma tête comme je le pouvais quand j’écrivais la note moi-même. »

(Traduction libre)

Son expérience rejoint ce que nous avons observé ailleurs sur pourquoi les scribes IA intégrés nativement offrent une efficacité que les scribes IA connectés à des outils tiers ne peuvent égaler : plus l’outil est proche du flux de travail du clinicien, plus il est possible de récupérer cette nuance perdue.

Quant à la crainte que l’IA administrative coupe des emplois en clinique, son espoir pointe dans l’autre direction : moins de tâches machinales pour le personnel, plus de travail qui leur apporte de la joie. Pas moins d’heures, et pas moins de personnes.

La taxe des doublons : où la technologie devrait viser ensuite

Son filtre pour toute nouvelle technologie est strict : elle doit résoudre un vrai irritant, pas un irritant théorique. Et elle sait exactement où se trouve la douleur. L’étude qualitative d’une collègue auprès des FHO locales a demandé aux médecins de soumettre des exemples de fardeau administratif : 66 % des soumissions étaient des doublons. Le même résumé de congé reçu cinq fois, le même rapport trois fois, chacun exigeant tout de même une lecture complète au cas où la page 15 cacherait un addenda.

« Si la technologie pouvait éliminer les doublons, je serais très heureuse. »

(Traduction libre)

Une profession à court de reconnaissance

Ce qui empêche Dre Thomas de dormir la nuit, ce n’est pas la charge de travail. C’est la possibilité qu’il n’y ait plus de médecins de famille dans 20 ans, alors que trop d’entre eux délaissent les soins communautaires complets. La cause profonde, selon son diagnostic, n’est pas d’abord l’argent. C’est la reconnaissance : une rhétorique politique qui dépeint des médecins travaillants comme cupides, pendant que la preuve silencieuse de leur impact dort dans un tiroir.

« Je vais vous dire : chaque médecin de famille que je connais garde une boîte de cartes que ses patients lui ont données, et il la ressort de temps en temps. »

(Traduction libre)

Si elle était ministre de la Santé

Dre Thomas poserait deux gestes. D’abord, exiger que des médecins en pratique active, et non des médecins devenus politiciens il y a dix ans, siègent à la table pour chaque décision systémique touchant les soins primaires.

« C’est vraiment, vraiment important d’avoir des gens qui ont quelque chose en jeu à la table où se prennent les décisions. »

(Traduction libre)

Ensuite, indexer la rémunération à l’acte à l’inflation, peu importe les autres modèles existants. Une grille tarifaire qui ne couvre pas les frais généraux retire aux médecins la chose dont ils ont le plus besoin, selon elle : la liberté de concevoir leur propre pratique.

« Ce n’est pas si difficile » : son message aux médecins

Son message de clôture déboulonne une croyance qui freine une grande partie de la profession : que les médecins ne sont pas formés pour gérer une pratique, et qu’ils ne devraient donc pas essayer d’en changer une.

« Vous savez tout sur la façon de prodiguer des soins. Ce n’est pas si compliqué de trouver comment rendre votre journée meilleure pour vous. »

(Traduction libre)

Conclusion

L’histoire de Dre Thomas fait contrepoids à toutes les conversations sur les soins primaires qui commencent et finissent par la réforme du système. Le système compte : les modèles de rémunération, l’accès et les tables décisionnelles façonnent le domaine. Mais à l’intérieur de ces contraintes, elle a bâti quelque chose que la plupart des médecins ne croient pas à leur portée : une pratique conçue autour de ses propres valeurs, de son propre nombre, de sa propre définition d’une bonne journée. Non pas en travaillant moins, mais en décidant, intentionnellement, à quoi le travail devrait ressembler.

L’ordonnance qu’elle laisse à la profession est la même qu’elle donne aux nouveaux diplômés : vos idées comptent, vos frais généraux sont un choix, et la clinique qui a « toujours fait comme ça » n’est pas la preuve que c’est la meilleure façon. Les médecins qui conçoivent leurs journées délibérément ne font pas qu’éviter l’épuisement. Ils restent.

Écoutez l’épisode complet du balado Réinventer les soins de santé pour entendre la conversation complète de Dre Wendy Thomas sur le juste équilibre de 26 patients, l’impact réel du FHO+ et ce qu’elle changerait en premier si elle était ministre de la Santé.

Réinventer les soins de santé balado

Dans le balado Réinventer les soins de santé, nous explorons comment des leaders du milieu de la santé partout au Canada bâtissent des systèmes de soins plus intelligents et plus humains – grâce à l’innovation, à la technologie et à de meilleurs processus de travail.

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Dr Frédéric Picotte,

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