Le balado Réinventer les soins de santé avec Dre Julie Wilson
Note : Cet épisode de balado a été enregistré en anglais.
Le système de soins primaires de la Colombie-Britannique est sous tension. Moins de médecins. Des coûts plus élevés. Une nouvelle génération de médecins qui ne souhaite plus assumer seule tous les risques liés à la gestion d’une clinique en pratique solo. Là où la plupart des cliniques perpétuent le modèle traditionnel, Dre Julie Wilson a choisi de le réinventer.
Dans cet épisode du balado Reimagine Healthcare (version anglaise de Réinventer les soins de santé) , Dre Julie Wilson, fondatrice des cliniques médicales Terra Nova, raconte comment elle a bâti l’un des plus grands réseaux de cliniques de soins primaires de la Colombie-Britannique, qui dessert plus de 250 000 patients avec plus de 100 cliniciens.
Son parcours a commencé par un constat tout simple: Le réseau de cliniques américains Kaiser Permanente fonctionne avec 4 000 médecins de famille qui travaillent ensemble. L’Australie avait adopté ce modèle à grande échelle depuis des années. Le modèle de pratique solo ne tenait plus vraiment nulle part, sauf en Colombie-Britannique.
Ce qui suit est une conversation sur la culture d’entreprise, l’économie, la technologie et sur les raisons pour lesquelles transformer les soins de première ligne exige de regarder en face certaines vérités inconfortables que la plupart des acteurs de la médecine canadienne préféreraient éviter.
Les principaux thèmes abordés
- Pourquoi Dre Julie Wilson a choisi la médecine familiale
- De 1 à 25+ cliniques : la croissance de Terra Nova
- Le point de bascule : pourquoi l’avenir passe par des réseaux de plus grande envergure
- La culture et les valeurs qui distinguent Terra Nova
- Comment définir le succès : patients, équipes et viabilité financière
- La « réduflation » en médecine et le coût des marges trop faibles
- Croître sans investisseurs externes
- Les avantages d’un réseau à grande échelle
- Technologie, opérations et coordination des équipes
- Les plus grands défis de Terra Nova aujourd’hui
- L’étude de la Division de Vancouver : des cliniques au bord de la rupture
- Le modèle de rémunération longitudinal : ce qui fonctionne et ce qui reste à améliorer
- Composer avec les politiques, les autorités de la santé et les enjeux de représentation
- Style de leadership, valeurs fondamentales et compromis difficiles
- La vie de médecin, de fondatrice et de mère de deux enfants
- L’IA en médecine : un incontournable
- Si Dre Julie Wilson était ministre de la Santé
- Un message d’espoir pour l’avenir
Points clés à retenir
Le modèle traditionnel de la clinique a ses limites.
Le modèle traditionnel, un médecin, une adjointe, une clinique, a été conçu pour une époque plus simple.
Il fonctionnait bien lorsque les soins reposaient sur le papier et que les exigences administratives étaient limitées. Aujourd’hui, la complexité des soins met ses limites en évidence. En même temps, une nouvelle génération de médecins arrive sur le marché du travail avec d’autres attentes. De moins en moins sont prêts à assumer le risque de gérer une microentreprise en solo, sans soutien, sans relève et sans véritable possibilité de prendre du temps pour eux.
« Si vous ne pouvez pas changer de médecin de famille parce qu’il n’y en a pas d’autre, et que la clinique de votre médecin ne dispose même pas d’un spéculum, où allez-vous être pris en charge? J’imagine qu’il ne vous reste que les urgences. »
(Traduction libre)
Bâtir une culture avant tout
Demandez à la Dre Wilson ce qui alimente vraiment l’énergie positive dans ses cliniques, et la réponse n’est ni la rémunération ni la technologie. C’est la clarté de la mission. Chaque personne de son équipe comprend pourquoi elle est là : le système de santé doit être repensé, et ce changement commence par la façon dont les gens se traitent les uns les autres.
Terra Nova repose sur une règle non négociable : respect, bienveillance et compassion, envers tout le monde, en tout temps. Les avantages, nourriture et boissons à volonté, activités d’équipe, communauté Discord pour le personnel, congés de maternité et de paternité, assurance collective bonifiée (soins de santé et soins dentaires), n’ont pas été mis en place parce que c’est une obligation. Au contraire, ce n’est pas du tout exigé. Ils existent parce que la Dre Wilson a décidé que c’était la bonne manière de gérer une clinique.
La croissance apporte stabilité, spécialisation et perspectives de carrière
Les grands réseaux peuvent se permettre de confier les ressources humaines, la comptabilité ou les TI à des spécialistes, au lieu d’obliger une seule personne à tout mener de front, comme c’est souvent le cas dans les petites cliniques.
Cette taille crée aussi de véritables possibilités d’évolution de carrière pour les équipes, des occasions qu’une clinique indépendante peut rarement offrir.
En plus, la croissance amène de réelles économies d’échelle et un meilleur pouvoir de négociation auprès des fournisseurs, des coûts qu’une clinique traditionnelle ne peut tout simplement pas égaler.
« 40 % des personnes qui se sont jointes au groupe l’ont fait pour des possibilités d’évolution de carrière. »
(Traduction libre)
Le secret derrière cette croissance
Lorsqu’on demande à la Dre Wilson quel est le véritable moteur de cette culture si dynamique, elle ne parle pas d’une grande idée, mais de quelques principes fondamentaux :
- Un objectif commun. Tous les membres du réseau travaillent vers un même objectif : contribuer, une clinique à la fois, à améliorer un système de santé qui ne répond plus aux besoins. Cette mission commune donne un sens au travail quotidien, bien au-delà de chaque rôle individuel.
- « Nous sommes là les uns pour les autres. » La culture ne repose pas sur la hiérarchie. Elle repose sur l’entraide, le personnel qui se remplace, les équipes qui se soutiennent, une réalité difficile à reproduire dans une clinique où un seul médecin exerce.
- Un accès direct à la fondatrice. Le personnel n’est pas séparé de la direction par plusieurs paliers de gestion. La Dre Wilson reste accessible et présente, ce qui garde les décisions ancrées dans ce qui se passe réellement sur le plancher.
- Un réel investissement dans les avantages sociaux. Ces avantages ne sont pas symboliques. Nourriture et boissons à volonté, activités d’équipe, assurance collective bonifiée, congé parental, communauté Discord pour le personnel : autant de gestes qui démontrent un véritable engagement envers les équipes, bien au-delà des discours.
Comment Terra Nova définit le succès
Pour la Dre Wilson, le succès ne se mesure pas à un seul indicateur financier. Il repose sur plusieurs dimensions complémentaires :
- Être un milieu de travail où il fait bon travailler. Si les équipes ne sont pas motivées, soutenues et épanouies, rien d’autre ne peut véritablement fonctionner.
- La croissance de la patientèle inscrite. Le nombre de patients que le réseau réussit à intégrer dans des soins primaires suivis et constants est un indicateur direct de l’impact du réseau.
- La couverture régionale. Le nombre de communautés et de régions desservies par Terra Nova reflète sa capacité à réduire concrètement les problèmes d’accès aux soins.
L’économie dont personne ne veut parler
Le mot « profit » est presque tabou dans les soins primaires au Canada. La Dre Wilson s’attaque directement à ce malaise. Le coût de l’équipement a presque quadruplé en dix ans, tandis que les barèmes de rémunération gouvernementaux n’ont pas suivi l’inflation. Cet écart laisse la plupart des cliniques sans fonds de prévoyance. Lorsqu’un imprévu survient, qu’il soit financier ou opérationnel, certaines cliniques n’ont d’autre choix que de fermer leurs portes. Et ce sont alors les patients qui perdent leur médecin de famille.
« L’idée de générer des profits en soins de première ligne ou en médecine est perçue très négativement. Pourtant, il y a une différence entre faire du profit et disposer d’une marge de sécurité pour faire face aux imprévus. »
(Traduction libre)
Son constat est sans détour : ce qui ressemble à gérer une entreprise s’apparente souvent bien plus à des cliniciens qui financent discrètement une partie du système de santé à même leurs propres marges.
« À ce stade, je n’utilise presque plus le mot « entreprise » lorsqu’on parle de tels chiffres. C’est pratiquement de la charité que les médecins font à la société. »
(Traduction libre)
Son message aux décideurs : si donner plus d’argent aux médecins est politiquement inconfortable, alors payez-leur des réfrigérateurs à vaccins, des autoclaves, du matériel de suture et des gants. Envoyez-leur un conseiller d’affaires. Les solutions n’ont pas besoin d’être monétaire, mais il faut reconnaître les besoins des médecins et agir.
Le modèle de financement longitudinal : ses forces et ses limites
La conversation aborde aussi le nouveau modèle de financement longitudinal de la Colombie-Britannique pour les médecins de famille. La Dre Wilson y voit une réelle valeur pour les soins suivis et continus, mais soulève une lacune importante : il est mal adapté aux cliniques sans rendez-vous et aux soins ponctuels. Les patients qui ont besoin de visites occasionnelles plutôt que d’une relation à long terme avec un même médecin peuvent se retrouver mal servis par un modèle bâti autour de la continuité. Pour un système qui repose encore beaucoup sur l’accès sans rendez-vous pour rejoindre les patients qui n’ont pas ou ne peuvent pas avoir de médecin de famille attitré, c’est un véritable enjeu au niveau systémique, pas juste un détail technique.
Les plus grands défis auxquels font face les cliniques de la Colombie-Britannique
L’hyperinflation post-pandémique, les conflits internationaux et l’évolution rapide de la technologie ont fait grimper les coûts en même temps, tandis que les attentes des patients ne se sont pas ajustées au budget réel dont disposent les médecins.
- Le coût de l’équipement continue de monter sur toute la ligne, sans aucun signe d’essoufflement.
- Les hausses de rémunération et les budgets n’ont pas suivi la montée des coûts, ce qui creuse un écart grandissant entre ce que les cliniques encaissent et ce qu’il en coûte réellement pour les faire rouler.
- Le loyer, en proportion des frais généraux, est devenu un vrai risque pour la survie. Pour bien des cliniques, c’est maintenant un facteur déterminant dans le fait de rester ouvert ou non.
La conclusion que la Dre Wilson en tire est sans équivoque :
« Rendu là, l’économie d’échelle n’est plus une option parmi d’autres, c’est la seule voie qui absorbe ces pressions de façon fiable sans que la clinique flanche. »
(Traduction libre)
Les priorités du moment
Avec ces pressions en tête, la Dre Wilson évoque trois priorités qui guident la prochaine phase de Terra Nova :
- Devancer la montée des coûts en continuant d’offrir un service de qualité tout en poursuivant la croissance, sans choisir l’un au détriment de l’autre.
- Rester une véritable clinique de service, en gardant l’expérience patient au cœur des priorités même à mesure que le réseau grandit.
- Aller chercher activement la rétroaction et y donner suite, au lieu de la traiter comme une simple formalité.
La technologie comme levier
L’adoption hâtive de la technologie a été au cœur de la croissance de Terra Nova. La Dre Julie a créé un assistant d’intelligence artificielle interne, TerraBot, entraîné à partir d’articles de l’ACPM, de lignes directrices du CMFC, de politiques de clinique, de documentation sur les DME et de modules de formation. Le personnel peut l’interroger en temps réel et obtenir sur-le-champ des réponses fiables et adaptées au contexte.
Est-ce que l’IA pourrait remplacer le personnel de la santé?
La Dre Wilson recadre complètement la question. Une réceptionniste virtuelle ne remplace pas un emploi qui existait. Elle prend en charge le travail qui ne se faisait jamais, l’éruption cutanée pour laquelle personne n’avait pris rendez-vous, l’examen de dépistage passé discrètement entre les mailles du filet. Dès que les soins deviennent plus faciles d’accès, cette accumulation de besoins non comblés créent de la paperasse. L’IA ne réduit pas la charge de travail. Elle révèle à quel point elle était déjà là.
« Comment peux-tu t’imaginer qu’ajouter une réceptionniste IA coupe des emplois? Cet emploi-là ne se faisait tout simplement pas. »
(Traduction libre)
L’IA ne prend pas d’emplois. Elle fait de la place pour tous les soins qui n’attendaient que ça pour se donner.
Si vous étiez ministre de la Santé, que feriez-vous?
La réponse de la Dre Wilson va droit à la racine du problème : le système ne peut pas réparer ce qu’il ne voit pas. Trop de décisions de financement reposent sur des données incomplètes, des statistiques que le Canadien moyen, ou même le décideur moyen, n’a jamais vues.
« Je passerais mon temps à essayer de combler les trous statistiques, parce que si tu ne sais pas ce qui se passe, comment peux-tu régler le problème ? »
(Traduction libre)
Avant de nouveaux programmes, avant des transferts d’argent, avant toute restructuration, il faut mesurer la réalité. La situation financière précaire du médecin de famille moyen étonne la plupart des Canadiens. La rendre visible, c’est là que la solution commence.
Conclusion
L’histoire de la Dre Wilson n’est pas un plaidoyer pour la croissance comme une fin en soi. C’est un argument en faveur de la construction de l’infrastructure, financière, culturelle et technologique, qui permet aux soins primaires d’absorber pour vrai la pression qu’ils subissent au lieu de plier sous son poids. Les cliniques en solo ferment parce qu’elles n’ont aucune marge d’erreur. Les réseaux comme Terra Nova survivent parce qu’ils sont bâtis avec une marge de manœuvre, un risque partagé et une technologie qui accomplit le travail administratif invisible que personne n’avait le temps de faire de toute façon.
L’enjeu de fond dépasse les particularités de n’importe quel modèle de clinique. Réparer les soins primaires commence par les voir clairement : les coûts réels, la fragilité réelle et l’arriéré réel de soins qui attend, en silence, que quelqu’un lui fasse de la place.
Écoutez l’épisode complet du balado Reimagine Healthcare (version anglaise de Réinventer les soins de santé) pour entendre la conversation intégrale de la Dre Wilson sur la croissance de Terra Nova, le rôle de l’IA dans les cliniques modernes et ce qu’elle changerait en premier si elle dirigeait le système.

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